14 avril 2026
Mieux comprendre le Parkinson pour mieux agir : les enjeux d’une maladie en évolution
Actualités
On parle souvent du Parkinson comme d’une maladie associée au vieillissement, mais derrière cette idée reçue se cache une réalité beaucoup plus complexe. Alors que le nombre de cas augmente et que l’âge moyen au moment du diagnostic diminue, de nombreuses questions demeurent sans réponse. Au CIUSSS de l’Estrie - CHUS, la neurologue et spécialiste des troubles du mouvement, Dre Isabelle Beaulieu‑Boire, s’intéresse de près à cette maladie.
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La diversité de ses manifestations, qui diffèrent notamment selon le sexe, met en lumière le rôle essentiel de la recherche pour approfondir les connaissances et optimiser la prise en charge clinique.
Pourquoi faut-il encore approfondir la recherche sur le Parkinson?
Dre Isabelle Beaulieu‑Boire observe au quotidien toute la complexité de la maladie de Parkinson. Malgré certaines avancées scientifiques, cette affection demeure encore mal comprise, tant en ce qui concerne son origine et les facteurs qui y contribuent que les moyens de prévention, les traitements capables d’en ralentir l’évolution et les différences dans la façon dont elle se manifeste chez les femmes et les hommes.
« Plusieurs facteurs peuvent contribuer au développement du Parkinson, explique-t-elle. L’âge moyen d’apparition se situe autour de 60 ans, mais la maladie peut se manifester à tout moment. Pour la majorité des personnes atteintes, elle apparaît sans cause clairement identifiable. Cependant, il existe certaines formes d’origine génétique, environ 5 à 10 % des cas, et des formes juvéniles pouvant débuter dès l’enfance. Au cours de la dernière décennie, on a aussi observé de plus en plus de diagnostics posés avant l’âge de 50 ans. »
Puisque la recherche n’a pas encore permis d’identifier précisément les causes de la maladie de Parkinson, il demeure difficile d’expliquer pourquoi elle se manifeste de plus en plus tôt. Dans ce contexte, il n’existe toujours pas de traitements capables d’en ralentir ou d’en renverser l’évolution. Cela dit, les avancées scientifiques permettent néanmoins de mieux cerner certains facteurs de risque.
« On sait maintenant que des facteurs environnementaux jouent un rôle important, notamment l’exposition à certains pesticides. Le Parkinson est d’ailleurs reconnu comme étant plus fréquent chez les cultivateurs, avec un risque pouvant être multiplié de quatre à dix fois selon les types de pesticides utilisés. L’alimentation ainsi que la qualité de l’air respiré pourraient également influencer le développement de la maladie. »
Déconstruire l’image du Parkinson : une maladie qui va bien au-delà des tremblements
On associe souvent la maladie de Parkinson uniquement aux troubles moteurs. Or, la réalité est beaucoup plus complexe. En plus d’affecter les mouvements, le Parkinson peut entraîner plusieurs symptômes comme l’anxiété, la dépression, des troubles du sommeil, des problèmes urinaires et même des hallucinations.
« La médication permet principalement de traiter les symptômes moteurs, mais la prise en charge doit aller bien au-delà de cet aspect, souligne la Dre Isabelle Beaulieu‑Boire. Il revient aux médecins de s’occuper de l’ensemble des manifestations de la maladie. De plus, les symptômes peuvent varier selon le sexe. Par exemple, les troubles cognitifs sont généralement moins fréquents chez les femmes, mais celles-ci présentent davantage de symptômes non moteurs, comme l’anxiété, la dépression ou des troubles du sommeil. »
Le fait que la maladie touche de plus en plus de femmes âgées de moins de 50 ans nuance davantage le portrait. À cet âge, certains symptômes peuvent s’entremêler avec ceux de la préménopause ou de la ménopause, ce qui peut compliquer l’ajustement de la médication, l’interprétation des analyses et le suivi de l’évolution de la maladie.
Parkinson chez les femmes de moins de 50 ans : une recherche à approfondir et à adapter
Dre Isabelle Beaulieu-Boire s’intéresse plus particulièrement à la maladie de Parkinson précoce chez les femmes. Elle s’est récemment jointe au comité du Fonds Santé des femmes de la Fondation du CHUS, une initiative menée par la Dre Sophie Desindes, où elle met à profit son expertise et contribue au partage de connaissances. Elle participe également à un projet de recherche mené en collaboration avec d’autres centres d’expertise médicale à travers le Canada. Cette initiative vise à approfondir les connaissances scientifiques sur les spécificités de la maladie de Parkinson chez les femmes diagnostiquées avant l’âge de 50 ans.
« Il s’agit d’un sous-groupe encore peu documenté dans la littérature médicale. C’est dans ce contexte que nous avons mis sur pied un protocole de recherche. Dans notre cohorte, près de 50 % des femmes rapportent une aggravation marquée de leurs symptômes, débutant environ trois jours avant les menstruations et se prolongeant jusqu’à cinq à sept jours après. On parle particulièrement de tremblements, de mouvements involontaires et de fatigue. »
Cette réalité clinique soulève de nombreux questionnements chez les patientes. Comme le souligne Dre Beaulieu-Boire, « la grande question que plusieurs femmes se posent est la suivante : est-ce mon Parkinson ou ma préménopause ? ».
À l’heure actuelle, les données scientifiques demeurent insuffisantes pour leur offrir une réponse claire. Cette incertitude peut être source d’inquiétude pour des femmes qui tentent de concilier maladie, travail et responsabilités familiales.
« Si nous sommes en mesure de quantifier le nombre de femmes qui doivent, par exemple, ajuster leur médication à certaines périodes, il deviendra plus facile de mieux les accompagner et de leur offrir des conseils cliniques adaptés à leur réalité, explique Dre Beaulieu-Boire. Il s’agit peut-être d’un groupe restreint de patientes, mais ce sont des femmes pour qui la maladie entraîne des répercussions majeures sur la vie personnelle et professionnelle. Nous devons penser à elles. »
Actuellement, une dizaine de patientes participent à ce projet de recherche à Sherbrooke, et l’objectif est de porter la cohorte à 50 participantes. D’autres cohortes sont déjà en place dans des centres collaborateurs à Toronto et à Calgary. La prochaine année sera consacrée à la phase d’observation. À partir des données recueillies, Dre Beaulieu-Boire souhaite mettre en place une étude visant à explorer un traitement ou à développer une stratégie d’ajustement de la médication en fonction du cycle de la patiente.
« Les femmes ont été ignorées beaucoup trop longtemps dans la recherche sur la maladie de Parkinson, et il est temps que les choses changent. Mieux comprendre l’effet des hormones féminines sur la maladie pourrait non seulement améliorer la qualité de vie de ces femmes combattantes qui vivent avec le Parkinson au quotidien, mais aussi contribuer à une meilleure compréhension globale de la maladie », conclut Dre Isabelle Beaulieu-Boire.
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